L'eurodollar — Le système monétaire que personne ne peut compter
Les eurodollars ne sont pas de faux dollars : ce sont des dollars de crédit créés hors des États-Unis, que personne ne peut recenser faute d'émetteur. 14 700 milliards mesurés, plus de 80 000 milliards d'obligations cachées dans les swaps. Enjeux, effets de la guerre d'Iran, stablecoins et quatre scénarios.
Il existe un dollar que la Réserve fédérale n'a jamais imprimé, que personne ne recense, et dont dépend pourtant le financement du commerce mondial. On l'appelle l'eurodollar. Il est au cœur de chaque crise financière depuis cinquante ans, et il est presque toujours mal expliqué — soit ignoré, soit présenté comme une fraude géante. Ce n'est ni l'un ni l'autre.
D'abord, un malentendu à corriger
On lit souvent que les eurodollars seraient des « faux dollars », ou que la majorité d'entre eux n'existeraient pas vraiment. C'est inexact, et cette erreur empêche de comprendre tout le reste.
Un eurodollar est simplement un dollar inscrit sur un compte dans une banque située hors des États-Unis. Le préfixe « euro » ne renvoie pas à la monnaie européenne : il date d'une époque où ces dépôts étaient logés à Londres et à Paris. Aujourd'hui, un dollar déposé à Singapour, aux îles Caïmans ou à Dubaï est tout autant un eurodollar.
Ces dollars ne sont pas contrefaits. Ils sont créés exactement comme la monnaie de votre propre banque : par le crédit. Quand une banque londonienne accorde un prêt de dix millions de dollars à une entreprise brésilienne et crédite son compte, dix millions de dollars de dépôts apparaissent. La Fed ne les a pas émis. Ils n'en sont pas moins une créance juridique parfaitement réelle, qui sert à payer des fournisseurs, rembourser des dettes et régler des cargaisons.
Quand votre banque française vous accorde un prêt immobilier, elle ne va pas chercher des billets à la Banque de France : elle inscrit une somme sur votre compte. Cet argent est réel — vous achetez une maison avec.
L'eurodollar, c'est la même chose, mais en dollars et hors des États-Unis. Des banques du monde entier créent des dollars de crédit, en dehors de la juridiction américaine.
La vraie particularité n'est donc pas la nature de ces dollars. C'est leur situation : ils sont émis par des banques qui n'ont pas accès, en tant que telles, à la banque centrale qui émet cette monnaie. Une banque européenne peut se refinancer en euros auprès de la BCE. Pour ses dollars, elle n'a pas de prêteur en dernier ressort naturel. Tout le problème de l'eurodollar tient dans cette asymétrie.
Les cinq couches du dollar
Pour y voir clair, il faut distinguer plusieurs formes de « dollar » qui n'ont ni le même émetteur, ni la même visibilité.
| Couche | Qui la crée | Ce qui la garantit | Mesurée ? |
|---|---|---|---|
| Monnaie de base | La Réserve fédérale | La Fed elle-même | Au dollar près |
| Dépôts aux États-Unis | Les banques américaines, par le crédit | Accès à la Fed, assurance FDIC | Précisément |
| Eurodollars au bilan | Les banques hors des États-Unis, par le crédit | La solidité de la banque émettrice | Partiellement |
| Dollars synthétiques | Swaps et contrats de change à terme | La contrepartie du contrat | Hors bilan |
| Dollars tokenisés | Émetteurs de stablecoins | Réserves en bons du Trésor | Par attestation |
D'où vient ce système
Le marché de l'eurodollar naît au milieu des années 1950. Les banques soviétiques, craignant que Washington ne saisisse leurs avoirs en pleine guerre froide, choisissent de conserver leurs dollars à Londres et à Paris plutôt qu'aux États-Unis. La réglementation américaine accélère le mouvement : la Regulation Q plafonne alors les taux servis sur les dépôts aux États-Unis, et les dépôts offshore échappent à ce plafond comme aux réserves obligatoires. La Banque d'Angleterre laisse faire. Londres devient la capitale d'un dollar qui n'est plus américain que par son nom.
Dans les années 1970, le système change d'échelle. Les pays exportateurs de pétrole, soudain inondés de dollars, les déposent dans les banques internationales, qui les prêtent à leur tour aux pays importateurs. C'est le fameux recyclage des pétrodollars. Il donne naissance à la crise de la dette des pays émergents des années 1980, lorsque la hausse brutale des taux américains rend ces dettes en dollars insoutenables.
Le système a longtemps eu son propre prix de référence : le taux eurodollar, connu sous le nom de LIBOR, qui servait de base à des centaines de milliers de milliards de dollars de contrats. Après les scandales de manipulation, il a été abandonné et définitivement remplacé en 2023 par le SOFR, un taux calculé sur des transactions réelles de pension livrée aux États-Unis. Symboliquement, le marché le plus important du monde a perdu son thermomètre maison.
Pourquoi personne ne peut compter les eurodollars
C'est la question qui revient le plus, et la réponse est plus intéressante qu'un mystère : il n'existe pas de chiffre, parce qu'il n'existe pas d'émetteur pour le tenir. Cinq raisons structurelles expliquent cette opacité.
1. Pas de registre central
La Fed connaît sa monnaie de base parce qu'elle l'émet. Les eurodollars, eux, sont créés par des milliers de banques, dans des dizaines de juridictions, sans aucune autorité commune qui centralise leurs bilans. Il n'y a pas de « compteur » à consulter.
2. Des juridictions qui ne voient qu'une partie du tableau
La Banque des règlements internationaux (BIS) collecte les données des banques déclarantes dans une cinquantaine de pays. C'est la meilleure source disponible, mais elle dépend de ce que chaque pays transmet, avec des trous notables dans certains centres offshore et chez les intermédiaires non bancaires.
3. Des doubles comptes inévitables
Un dollar déposé dans une banque à Londres peut être prêté à une banque de Hong Kong, qui le reprête à une banque de Dubaï. À chaque étape, un dépôt et une créance apparaissent. Additionner les bilans bruts gonfle artificiellement le total ; les compenser suppose de connaître toutes les chaînes, ce que personne ne sait faire.
4. Une question de définition
Qu'appelle-t-on « eurodollar » ? Les dépôts seulement ? Les prêts ? Les obligations en dollars émises hors des États-Unis ? Selon le périmètre retenu, le chiffre varie d'un facteur un à six. Aucun ne ment : ils ne mesurent pas la même chose.
5. Et surtout : la dette qui n'apparaît dans aucun bilan
Les swaps de change et les contrats à terme créent des obligations de payer des dollars à une date future. En application des normes comptables, ces engagements sont enregistrés hors bilan : ils n'apparaissent pas comme de la dette. La BIS estimait en 2022 que ces instruments représentaient plus de 80 000 milliards de dollars d'obligations de paiement en dollars, dont environ 25 000 milliards dus par des entités non bancaires hors des États-Unis et plus de 35 000 milliards par des banques non américaines. Ce montant dépassait à lui seul l'encours cumulé des bons du Trésor, des pensions livrées et du papier commercial en dollars. L'encours total des dérivés de change a franchi les 100 000 milliards de dollars fin 2023.
Un assureur japonais qui détient des obligations américaines couvre souvent son risque de change avec un swap : il s'engage à rendre des dollars dans trois mois. Économiquement, c'est une dette en dollars à court terme — il devra trouver ces dollars. Comptablement, elle n'apparaît pas au passif.
Multipliez cela par des milliers d'institutions et vous obtenez une montagne de dettes que personne ne voit dans les bilans.
Ce que l'on sait mesurer, et ce que l'on ne sait pas
La mesure la plus solide est celle des indicateurs de liquidité mondiale de la BIS. Fin mars 2026, le crédit en dollars accordé à des emprunteurs non bancaires hors des États-Unis atteignait 14 700 milliards de dollars, en hausse de 7,3 % sur un an. Environ 30 % de ce total concerne des pays émergents. Au seul premier trimestre 2026, il a progressé de 793 milliards de dollars — la plus forte hausse trimestrielle depuis le début de la crise du Covid.
Non mesuré ne veut pas dire faux. Cela veut dire que le système a grandi plus vite que les instruments conçus pour l'observer.
Il est exact que l'essentiel de l'exposition au dollar hors des États-Unis échappe à la mesure directe. Il est faux d'en conclure que ces dollars seraient fictifs. La confusion vient d'un glissement : on passe de « la majorité n'est pas recensée » à « la majorité n'existe pas ». Les 80 000 milliards de swaps sont des engagements contractuels exécutoires. Le jour de l'échéance, il faut livrer de vrais dollars. C'est précisément ce qui rend le système dangereux.
Les enjeux : pourquoi ce système concerne tout le monde
Le cœur du risque tient en un double décalage.
- Un décalage de monnaie. Des entreprises, des banques et des États hors des États-Unis doivent des dollars, mais gagnent leurs revenus en euros, en yens, en pesos ou en roupies.
- Un décalage d'échéance. Une grande partie de ces dettes est à très court terme — quelques jours à quelques mois — et doit être renouvelée en permanence, alors que les actifs qu'elles financent sont souvent longs.
Tant que le renouvellement se fait sans friction, personne ne remarque rien. Le jour où les prêteurs en dollars se retirent, tous ces emprunteurs cherchent en même temps des dollars qu'ils n'ont pas le pouvoir de créer. Il n'y a pas de banque centrale de l'eurodollar pour les leur fournir.
Le paradoxe de la crise : le dollar monte, même quand l'Amérique est en cause
C'est la conséquence la plus contre-intuitive du système, et elle s'est vérifiée en 2026.
Au déclenchement de la guerre contre l'Iran, fin février 2026, le dollar s'est apprécié alors même que les États-Unis étaient partie au conflit. L'indice DXY a touché 99,695 le 9 mars, un plus haut de plusieurs mois, et le dollar progressait face au yen — pourtant réputé valeur refuge — vers 157,7. Le 11 septembre 2026, le DXY évoluait autour de 99,1, en hausse de 1,6 % sur un an.
Le mécanisme n'a rien de mystérieux. Un choc pétrolier augmente la facture en dollars de tous les pays importateurs. Les emprunteurs offshore, inquiets, cherchent à sécuriser leurs dollars. La demande de dollars grimpe, donc son prix aussi — ce qui alourdit en retour toutes les dettes libellées en dollars, mesurées en monnaie locale. La boucle s'auto-alimente.
La Fed, prêteur en dernier ressort du monde entier
Puisque l'eurodollar n'a pas de banque centrale, la Fed a fini par jouer ce rôle, sans l'avoir cherché. Elle le fait à travers les swap lines : elle prête des dollars à d'autres banques centrales, en échange de leur propre monnaie, pour qu'elles les redistribuent à leurs banques.
Ces lignes ont atteint un encours record de 583 milliards de dollars en décembre 2008, puis 449 milliards fin mai 2020, au plus fort de la crise du Covid. Elles sont permanentes avec cinq banques centrales : la BCE, la Banque du Japon, la Banque d'Angleterre, la Banque nationale suisse et la Banque du Canada. Le 9 septembre 2026, leur encours n'était que de 101 millions de dollars.
Ce dernier chiffre est une information en soi. Malgré la guerre, le choc pétrolier et la perspective d'une hausse de taux, aucune pénurie de dollars ne s'exprime aujourd'hui par le canal officiel. Les grandes banques centrales n'ont pas besoin de tirer sur la Fed. La tension existe, mais elle se paie dans les prix — le coût du financement en dollars — et non dans l'accès.
En avril 2026, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a défendu publiquement le dispositif des swap lines et évoqué des demandes de lignes permanentes émanant notamment des Émirats arabes unis, dont l'économie subissait les effets de la guerre. Le fait est significatif : les pays qui ne disposent pas de ligne permanente sont précisément ceux qui seraient les plus exposés dans une crise de liquidité en dollars.
Accorder ou non une swap line est une décision souveraine américaine. Elle revient à choisir quels systèmes bancaires la Fed sauvera en cas de pénurie de dollars. Dans un monde fragmenté, cet instrument technique devient un levier diplomatique de premier ordre — et ceux qui en sont exclus ont toutes les raisons de chercher des alternatives.
Ce que la guerre d'Iran a changé, et ce qu'elle n'a pas changé
Le recyclage des pétrodollars s'est grippé
Pendant cinquante ans, le Golfe a joué un rôle central dans l'offre de dollars offshore : ses revenus pétroliers en dollars revenaient s'investir sur les marchés américains. La guerre a perturbé ce circuit.
Les fonds souverains des pays du Conseil de coopération du Golfe détiennent plus de 2 000 milliards de dollars d'actifs américains. La part du dollar dans les réserves de change mondiales est tombée à environ 57 %, contre 71 % en 1999.
Selon une tribune publiée par Bloomberg en avril 2026, la boucle par laquelle les États du Golfe recyclaient leurs excédents en bons du Trésor en échange de la garantie de sécurité américaine est rompue. L'auteur souligne que les Saoudiens sont désormais emprunteurs plutôt que prêteurs, et que les grandes sources de liquidité en dollars offshore sont aujourd'hui les exportateurs manufacturiers asiatiques plutôt que les monarchies du Golfe.
Le yuan à Ormuz : un signal plus qu'une bascule
En mars 2026, un haut responsable iranien a indiqué à CNN que l'Iran pourrait autoriser un nombre restreint de pétroliers à franchir le détroit d'Ormuz si les cargaisons étaient réglées en yuans. Plusieurs analystes chinois, cités par le South China Morning Post, ont appelé à la prudence sur la portée réelle de ce dispositif.
D'après l'Atlantic Council, des responsables financiers du G7 estiment que les participants à mBridge — la plateforme de règlement entre monnaies numériques de banques centrales réunissant notamment la Chine, les Émirats et l'Arabie saoudite — pourraient l'utiliser pendant la guerre. Aucune donnée ne permet de le vérifier : ni la Banque populaire de Chine ni les banques participantes ne sont tenues de publier leurs volumes.
Mais le système offshore, lui, a grossi
C'est le fait le plus contre-intuitif de l'année, et il contredit frontalement le récit d'une « dédollarisation » accélérée par la guerre.
Au premier trimestre 2026 — celui de la guerre et de la fermeture d'Ormuz — le crédit en dollars hors des États-Unis a progressé de 793 milliards de dollars, sa plus forte hausse depuis le Covid. Dans le même temps, le crédit en euros aux non-résidents a crû encore plus vite, de 12 % sur un an, et sa part dans le crédit en devises étrangères est passée de 22 % à 28 % entre fin 2022 et début 2026.
Les deux mouvements coexistent. Le monde ne sort pas du dollar : il en emprunte davantage. Mais il diversifie à la marge, et c'est l'euro — non le yuan — qui en profite le plus dans les chiffres du crédit.
L'eurodollar 2.0 : les stablecoins
Un nouvel acteur est venu s'ajouter au système sans que le débat public ne le range dans la bonne case.
Le GENIUS Act, signé le 18 juillet 2025, encadre pour la première fois les stablecoins adossés au dollar aux États-Unis : réserves à 1 pour 1 en actifs liquides de haute qualité, publication mensuelle de leur composition, audit annuel pour les plus gros émetteurs. Le 10 septembre 2026, l'encours total des stablecoins atteignait 302,8 milliards de dollars, dont 183,4 milliards pour l'USDT de Tether.
Selon ses propres attestations, Tether — société immatriculée aux îles Vierges britanniques — détenait fin mars 2026 environ 140 milliards de dollars d'exposition directe et indirecte aux bons du Trésor américain.
Un stablecoin comme l'USDT est, fonctionnellement, un dollar détenu hors du système bancaire américain, par un émetteur étranger. C'est la définition même d'un eurodollar.
La différence est de taille : au lieu d'être créé par le crédit, il est adossé à des réserves placées en bons du Trésor. Le dollar offshore, qui fuyait autrefois le système américain, finance désormais la dette américaine.
Le contexte de septembre : le système pris en tenaille
Le cessez-le-feu de 60 jours a expiré mi-août. Début septembre, des frappes américaines sur l'île de Larak et des attaques iraniennes contre deux bases utilisées par les forces américaines en Jordanie ont relancé les hostilités ; le Brent a repassé les 92 dollars. Côté américain, l'emploi a surpris très à la hausse en août (+162 000 postes, contre 53 000 attendus) et l'inflation est ressortie à 3,4 % sur un an, avec une inflation sous-jacente de +0,3 % sur le mois. Les contrats à terme sur les fonds fédéraux intègrent désormais une probabilité de l'ordre de 80 à 90 % de hausse de taux lors du FOMC des 15 et 16 septembre.
Cette combinaison est exactement celle qui met l'eurodollar sous tension par les deux bouts à la fois. D'un côté, le choc pétrolier augmente les besoins en dollars des importateurs. De l'autre, une hausse de taux de la Fed renchérit le coût de chaque dollar emprunté. Le financement offshore devient à la fois plus nécessaire et plus cher.
Le marché des pensions livrées américain a déjà montré sa fragilité : le 31 décembre 2025, le taux SOFR a bondi à 3,87 % et les banques ont tiré 75 milliards de dollars sur la facilité permanente de pension de la Fed. Le Conseil de stabilité financière a mis en garde en février 2026 contre les vulnérabilités de ces marchés. Ces tensions de fin de période sont le premier endroit où une rareté de dollars deviendrait visible, bien avant les swap lines.
Quatre scénarios pour le système eurodollar
Pondérations subjectives, horizon de six mois, à réviser à chaque donnée. Les directions décrivent des mécanismes de transmission, non des cibles de prix.
| Scénario | Prob. | DXY | Coût $ offshore | Devises EM | Taux 2 ans | Or | Swap lines |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Désescalade — Ormuz rouvre | 15 % | ↓ | ↓ | ↑↑ | ↓ | ↓ | → |
| Statu quo conflictuel | 45 % | ↑ | ↑ | ↓ | ↑ | → | → |
| Escalade et resserrement | 25 % | ↑↑ | ↑↑ | ↓↓ | ↑ | ↑↑ | ↑↑ |
| Fragmentation des réseaux | 15 % | ↑ | ↑↑ | ↓ | → | ↑↑ | ↑ |
Vert = hausse · rouge = baisse — indépendamment de ce qui est souhaitable. Une hausse du coût du dollar offshore est une mauvaise nouvelle.
La baisse du pétrole réduit mécaniquement la facture en dollars des importateurs. La boucle de rareté se desserre par le bas. La désinflation qui suit donne à la Fed la possibilité de marquer une pause, ce qui allège le coût du financement par le haut.
- Dollar
- Le DXY recule. Le yen est le principal bénéficiaire, porté par l'amélioration de ses termes de l'échange.
- Offshore
- Le coût du financement en dollars se détend. Le crédit en dollars hors des États-Unis poursuit sa croissance, désormais alimenté par l'appétit pour le portage plutôt que par le besoin.
- Émergents
- Fort rebond des devises des pays importateurs d'énergie, dont la dette en dollars s'allège en monnaie locale.
- À surveiller
- Un retour trop rapide de l'endettement à court terme en dollars, qui préparerait la prochaine tension.
Ormuz reste perturbé sans fermeture totale, la Fed relève ses taux. Le dollar est cher mais disponible : la tension se lit dans les prix, pas dans l'accès.
- Dollar
- DXY soutenu par le différentiel de taux plus que par la demande de refuge.
- Offshore
- Le coût du financement en dollars reste élevé. Les tensions apparaissent aux fins de trimestre et d'année, sur le marché des pensions, comme au 31 décembre 2025.
- Émergents
- Pression lente et continue sur les pays à forte dette en dollars et à faible excédent courant.
- À surveiller
- La part de l'euro dans le crédit international, qui continue de progresser : la diversification se fait sans rupture.
Le scénario dangereux pour le système. Les importateurs ont besoin de davantage de dollars au moment précis où la Fed les renchérit. La boucle de rareté tourne à plein régime et les swap lines redeviennent indispensables.
- Dollar
- Forte hausse du DXY, y compris face au yen et à l'euro, pénalisés par leurs importations d'énergie.
- Offshore
- Envolée du coût du financement en dollars. Les emprunteurs sans accès à une swap line — Golfe, émergents d'Asie, Afrique — sont les premiers touchés.
- Fed
- Dilemme ouvert : l'inflation plaide pour resserrer, la stabilité financière pour fournir des dollars. Les swap lines permettent de faire les deux — fournir des liquidités à l'étranger sans baisser les taux.
- Golfe
- Risque de recyclage inversé : des États du Golfe vendant des actifs en dollars pour financer leurs budgets, au lieu d'en acheter.
- À surveiller
- Le relevé hebdomadaire H.4.1 de la Fed : un passage des swap lines de quelques centaines de millions à plusieurs dizaines de milliards serait le signal d'alarme.
Un choc qui déplace la crise ailleurs — une opération russe contre un État balte, des sanctions secondaires visant les règlements en yuans — et fait de l'accès au dollar un instrument explicite de pression. Paradoxe maximal : la demande de dollars bondit à court terme, pendant que les incitations à s'en passer se renforcent à long terme.
- Dollar
- Hausse de court terme par réflexe de liquidité, mais érosion de sa part dans les nouveaux règlements.
- Offshore
- Coût du financement en forte hausse pour les pays jugés politiquement exposés.
- Alternatives
- Accélération des circuits parallèles : mBridge, système de paiement chinois CIPS, stablecoins. L'or, seule réserve sans contrepartie, en profite nettement.
- À surveiller
- Les achats d'or des banques centrales et les demandes de nouvelles swap lines, qui mesurent la défiance mieux que les discours.
Mythes et réalités
| Affirmation | Verdict | Ce qu'il faut retenir |
|---|---|---|
| « Les eurodollars sont de faux dollars. » | Faux | Ce sont des créances bancaires réelles, créées par le crédit, comme toute monnaie de banque. |
| « Personne ne sait combien il y en a. » | Vrai | Pour des raisons structurelles : pas d'émetteur, pas de registre, dettes hors bilan, doubles comptes. |
| « La Fed ne contrôle pas ce système. » | En partie | Elle n'en contrôle pas la quantité, mais son taux en fixe le coût et ses swap lines en font le prêteur en dernier ressort. |
| « Le système va forcément s'effondrer. » | Non établi | Il a connu des crises graves en 2008 et 2020, et a été soutenu à chaque fois. Le risque est réel, l'issue n'est pas écrite. |
| « La guerre accélère la dédollarisation. » | En partie | Le crédit en dollars hors des États-Unis a crû de 7,3 % sur un an. La diversification existe, mais elle profite surtout à l'euro. |
| « Les stablecoins sont des eurodollars. » | Largement vrai | Fonctionnellement oui : des dollars détenus hors du système bancaire américain. Mais adossés à des réserves, non créés par le crédit. |
Les indicateurs qui disent la vérité avant les commentaires
- L'encours des swap lines de la Fed, publié chaque semaine dans le relevé H.4.1. Il est aujourd'hui à 101 millions de dollars ; tout passage à plusieurs milliards signalerait une pénurie réelle.
- Le taux SOFR et l'usage de la facilité permanente de pension, en particulier aux fins de mois, de trimestre et d'année.
- La base des swaps de devises euro-dollar et yen-dollar : plus elle devient négative, plus il est coûteux d'obtenir des dollars synthétiquement.
- Les indicateurs trimestriels de liquidité mondiale de la BIS, seule mesure consolidée du crédit en dollars hors des États-Unis.
- Les avoirs en bons du Trésor des pays du Golfe, publiés mensuellement par le Trésor américain, pour mesurer l'état du recyclage des pétrodollars.
L'eurodollar n'est pas une fraude, c'est une architecture : un dollar de crédit créé partout sauf aux États-Unis, sans banque centrale propre, dont la taille réelle échappe à toute mesure parce que sa part la plus importante se loge hors des bilans.
Sa fragilité ne tient pas à son volume, mais à son besoin permanent de renouvellement. C'est pourquoi les crises le frappent par la liquidité, pourquoi le dollar monte quand tout le monde a peur, et pourquoi la Fed est devenue, sans l'avoir voulu, la banque centrale du monde. Dans la configuration actuelle — choc pétrolier et Fed en hausse — c'est ce mécanisme, bien plus que la dédollarisation, qui mérite l'attention.
Note de méthode et sources
Chaque bloc factuel porte son niveau de fiabilité : Établi pour un fait corroboré par une source primaire ou des médias de référence, Rapporté pour une information de source unique, non confirmée ou relevant de l'analyse d'opinion, Inférence pour une déduction raisonnable mais non vérifiable directement. L'estimation de la dette en dollars hors bilan date de 2022 : c'est la plus récente publiée par la BIS, et son ordre de grandeur est corroboré par l'encours des dérivés de change fin 2023. Les pondérations de scénarios sont subjectives et décrivent des mécanismes de transmission, non des trajectoires de prix. Cet article est une analyse à visée informative ; il ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation de position.
- BIS — indicateurs de liquidité mondiale, fin mars 2026
- BIS — statistiques bancaires internationales, T1 2026
- BIS — la dette en dollars des swaps de change
- BIS — communiqué sur la dette dollar cachée
- BIS — encours des dérivés de change fin 2023
- Schenk — les origines du marché de l'eurodollar à Londres
- Réserve fédérale — les swap lines
- Congressional Research Service — swap lines et Covid
- Fed de Dallas — les swap lines face à la pénurie de dollars
- FRED — encours hebdomadaire des swap lines
- Brookings — comprendre les swap lines
- CNBC — Bessent, la guerre et les demandes de swap lines
- CNBC — le dollar au déclenchement du conflit
- AEI — le dollar valeur refuge et la guerre d'Iran
- Fortune — pétrodollar et pétroyuan
- Bloomberg Opinion — la boucle des pétrodollars
- CFR — pétrodollars, mythes et réalité
- Atlantic Council — le péage de Téhéran et mBridge
- SCMP — prudence chinoise sur le yuan à Ormuz
- Fed de Richmond — le GENIUS Act
- Suivi de l'encours des stablecoins
- FSB — vulnérabilités des marchés de pension
- Réserve fédérale — marchés de pension et bilan de la Fed
- CNBC — inflation d'août 2026
- CNBC — emploi d'août 2026
- Al Jazeera — reprise des frappes et pétrole